La France et ses révolutions

Publié le par Jérôme Mazet

Est-ce notre héritage révolutionnaire qui fait qu’à chaque crise majeure les Français pensent voir venir une révolution ?



Déjà en septembre, deux mois avant que ne brûle la première voiture en banlieue, le journal américain The New Yorker s’interrogeait sur la situation française qu’il qualifiait de « prérévolutionnaire ». En quelque sorte, le calme avant la tempête de l’automne.

 

Pourtant l’intelligentsia intellectuelle conteste cette idée à l’exemple du philosophe Pascal Bruckner qui au mois de juillet 2005 déclarait : « les gens parlent de révolution ou disent que tout cela va se terminer dans la rue – mais qu’est-ce que cela veut dire ? Qui sont les révolutionnaires ? Les gosses de banlieues ? D’accord, ces jeunes pourraient descendre dans la rue, mais ce serait une émeute et non une révolution ». En effet, ce fut le cas. Et Bruckner de poursuivre « les seules forces révolutionnaires en vue sont les vieux démons » et d’imaginer le second tour des prochaines présidentielles opposant l’extrême gauche au Front National.

 

Le débat rebondit ces derniers jours dans les colonnes du Monde où l’économiste Nicolas Baverez [auteur de La France qui tombe] compare la France à « l’homme malade » de l’Europe [rappelons que cette formule désignait l’Empire ottoman agonisant dès la fin du XIXème siècle peu de temps avant sa chute en 1918-20].

 

Ainsi, la France aurait entamé une lente agonie qui n’aurait que deux issues possibles : soit déboucher sur un véritable projet alternatif qui en 2007 inverserait ce déclin, soit dégénérer en un cycle de violences de plus en plus incontrôlable; autant dire une révolution.

 

En effet, la France est aujourd’hui largement disqualifiée dans le monde. Le simple voyageur français s’en rend vite compte dès qu’il quitte son pays. Notre incapacité à entraîner derrière nous les opposants à la guerre en Irak, après la fronde de Jacques Chirac en 2003, puis le non français au référendum de mai 2005 ont durablement mis la France dans un hors-jeu diplomatique. Notre pays ne semble plus pris au sérieux : même les Italiens et les Roumains, pourtant militairement impliqués en Irak, ont fait libérer leurs otages plus rapidement que les Français les leurs. Cette marginalisation s’est clairement faite ressentir lors du recalage de Paris au Jeux Olympiques de 2012 face à une ville de Londres qui semblait survitaminée.

 

En fait, la France apparaît de plus en plus comme un Etat-musée, figé, à l’image de son président-monarque dépassé par un pays qu’il ne comprend plus [des 83 % de Français a avoir plébiscité Jacques Chirac en 2002, ils ne seraient plus qu’1 % à voter pour lui en 2007].

De l’aveu des touristes étrangers eux-mêmes, notre pays se visiterait davantage pour son charme désuet que pour son image de modernité. Triste constat pour une France qui au XIXème siècle était encore un modèle pour de nombreux pays.

 

Sur le plan intérieur même constat. Les émeutes urbaines de ces derniers mois nous ont rappelé avec brutalité qu’une partie des Français restait désespérément à l’écart de la société dans de véritables quartiers de réclusion. Pour une France qui quelques semaines auparavant regardait avec mépris l’Amérique abandonnant ses pauvres à la Nouvelle-Orléans, la critique était plutôt mal venue.

 

Les fluctuations, plus conjoncturelles que structurelles, d’un chômage de masse ne leurrent plus personne. Chacun peut constater que le chômage ne baisse qu’au prix d’artifices statistiques et d’un surendettement de l’Etat, qui, en pesant sur la croissance générera, à terme, lui aussi du chômage.

 

Notre pays rencontre une crise d’identité profonde qui ébranle notre modèle républicain, que les commémorations frénétiques de la loi de 1905 ont bien du mal à masquer.

Le fameux « ascenseur social » à la base de notre système méritocratique ne fonctionne plus. Toutes les études sociologiques récentes montrent que la part de jeunes diplômés issus de milieux populaires baisse depuis 25 ans.

 

C’est bien face à cette absence de solutions alternatives que les banlieues s’embrasent, dans une révolte nihiliste, sans véritables revendications, si ce n’est la volonté de détruire une société perçue comme hostile.

Les émeutes des banlieues et les débordements inacceptables auxquelles elles ont donné lieu sont en fait peu surprenants de la part de personnes qui n’ont plus rien à perdre.

 

La France est en fait un pays profondément conservateur qui espère se tenir à l’écart d’une mondialisation qui l’effraie. Notre pays cherche des boucs émissaires faciles (l’OMC, l’Union européenne, les immigrés, …) pour masquer la réalité de son déclin qui n’est dû qu’à son incapacité à se réformer.

 

La France n’a pas besoin de révolution mais de réformes.

 

Pourtant si le prochain changement de présidence ne marque pas un tournant dans la politique que nous connaissons depuis une trentaine d’année, 2007 pourrait bien être un énième rendez-vous manqué.

 

Dans ce cas, souvenons-nous de la célèbre formule concernant 1789 : « la France avait besoin de réformes … elle eut une révolution ».

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Publié dans Politique

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Commenter cet article
M
Cela est plus une question qu'un commentaire à vrai dire:<br /> A la fin de votre article vous comparez 1789 à aujourd'hui en ces mots :<br /> (aujourd'hui):"La France n’a pas besoin de révolution mais de réformes."<br /> (1789):« la France avait besoin de réformes … elle eut une révolution ».<br /> Les revendications de la masse en 1789 était en opposition avec l'Europe monarchique qui l'entourait.<br /> Lorsque vous parlez de réformes dont la France aurait besoin, serait-ce des réformes en opposition au système mondial qui se dessine ou bien des réformes s'adaptant a ce dernier?
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A
Vous avez sans aucun doute raison sur la forme. Cependant votre exposé nous en dit peu sur le fond, c'est-à-dire sur vos solutions à la crise actuelle ...
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