Qui est populiste ?

Publié le par Jérôme Mazet

Il est d’usage en politique de se vouloir proche du peuple. A son écoute, attentif à ses inquiétudes, le politique se veut populaire. N’est-il pas souvent un simple populiste ?
 

Le populiste n’aime pas le peuple mais cherche seulement à l’instrumentaliser pour sa propre carrière politique. Ni de droite, ni de gauche, le populisme se retrouve aussi bien à droite qu’à gauche.

 

Le populiste prétend parler au nom du peuple tout entier, pourtant lorsqu’on l’écoute attentivement, son discours ne repose que sur une forme plus ou moins caricaturale de lutte des classes. Le populiste aime à opposer les uns contre les autres : les riches contre les pauvres, les Français contre les immigrés, les « travailleurs » contre leurs patrons, le secteur privé contre la fonction publique, la « France d’en haut » contre celle « d’en bas », les Musulmans contre les Juifs, encore les Musulmans contre les Chrétiens ou les « laïcs » … Bref, le populiste ne cherche pas à rassembler mais plutôt à diviser … pour mieux régner bien sûr !

 

Le populiste invente une vérité qu’il prétend détenir directement du peuple. Vox populi, vox dei est son leitmotiv. Aussi veille-t-il à suivre toutes les modes. On le voit s’afficher aux côtés des sportifs les plus en vue. Il ne manque pas un concert de la nouvelle star et rappelle à qui veut l’entendre qu’il est leur ami depuis des années.

 

« Je suis votre chef donc je vous suis » est sa devise secrète. Celle qui guide toute son action politique.

 

Le populiste est forcément charismatique car il fonde son pouvoir sur sa capacité à communiquer directement et sans intermédiaire avec « son » peuple. Ce n’est pas en soi un défaut. Le problème est qu’il use et abuse de ce charisme pour justifier de son pouvoir personnel, car, une fois au pouvoir, le populiste n’est pas partageur. Aussi, rapidement, fait-il le vide autour de lui. D’ailleurs il ne tolère que deux types de collaborateurs : les courtisans et les idiots. Les courtisans sont le miroir de ce Narcisse. Les idiots le rassurent tellement sur ses propres capacités, forcément exceptionnelles.

 

Le populiste n’est pas un démocrate. Il ne peut pas l’être, car au fond il est convaincu que lui seul est apte à diriger. Lui seul est capable. Bien sûr il se pense irremplaçable. En fait, il espère secrètement une levée en masse du peuple qui lui confierait les pleins pouvoirs. Car le populiste se rêve en homme providentiel. Un sauveur n’a pas à être élu et réélu puisqu’il est Le Sauveur !

 

Comme il ne croit pas en la séparation des pouvoirs, il n’a aucun scrupule à s’acheter les médias.

 

Le populiste méprise l’ordre légal. Puisqu’il représente les intérêts supérieurs du peuple, il pense ne pas devoir respecter la Loi, pourtant émanation de la représentation nationale. S’il est maire, il fait valoir son droit de préemption pour empêcher l’installation d’immigrés sur sa commune ou bloquer la construction d’une mosquée. Il se plait aussi à célébrer des unions que la Loi n’autorise pas. Peu importe il est au dessus de la Loi ! D’ailleurs, si des caméras sont là, aucun champ d’OGM ne résiste à sa faux, aiguisée pour l’occasion.

 

Bien sûr, il construit et déconstruit une Histoire officielle au gré de ses intérêts électoralistes. D’abord il flatte les uns et dénigre les autres. Puis, à chaque retournement de l’opinion publique, il retourne sa veste.

 

Lorsqu’un adversaire l’indispose il en appelle au peuple pour trancher en sa faveur. Il dénonce ses ennemis politiques comme « corporatistes », pour mieux souligner qu’il s’oppose au « peuple » que lui représente. Il est dans la dénonciation perpétuelle. Il y a les « bons » et les « mauvais ». Le populiste prend grand soin de désigner au peuple ses « ennemis » que lui, bien sûr, a démasqué depuis toujours. Cela lui permet en fait de détourner l’attention des véritables problèmes, particulièrement de ceux liés à sa gestion publique.

 

Le populiste aime à engager le peuple sur des projets chimériques qu’il sait irréalisable. Qu’importe ! A celui qui le lui fait remarquer il répond qu’il a de grands rêves comme seuls les visionnaires en sont capables. Si on lui reproche de bercer les gens d’illusions il dénonce notre « manque d’ambition, notre étroitesse d’esprit, notre pragmatisme trop prudent ». En fait le populiste fait rêver plus qu’il ne rêve lui-même. Pourtant, à force de voir cette lumière dans le regard des autres, il lui arrive parfois de finir par croire à ses propres mensonges. C’est là qu’il est le plus dangereux.

 

Mais ce que le populiste aime par-dessus tout, le domaine où il excelle, c’est son aptitude à tirer le peuple vers le bas. La prétendue « culture populaire » n’a pas de secret pour lui : s’il passe à la télé il privilégie les émissions les plus racoleuses. La pudeur lui est inconnue puisqu’il revendique d’appartenir entièrement à « son » peuple. Il ne croit pas en la capacité des hommes à s’élever et à s’améliorer. Il a compris qu’éduquer les électeurs est dangereux pour lui. En effet, mieux formés, ils auraient vite fait de démasquer le vide de sa pensée.

 

Le populiste sait que les empereurs romains gouvernaient avec du pain et des jeux. Aussi veille-t-il à organiser de grandes « manifestations populaires » qui ne reculent ni devant la facilité, ni devant la vulgarité. Il le sait : le peuple lui en sera longtemps reconnaissant.

 
 
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Publié dans Politique

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H
Merci de votre analyse et de mon avis, nous n'avons pas fini de souffrir du populisme. Face à un monde de plus en plus complexe, où il faut savoir faire la part des choses, les problématiser et les mettre en perpective, l'homme politique populiste à l'avantage d'être facilement compris par le plus grand nombre.La complextité a pour principal désavantage face au populisme, de ne pas supporter le marketing politique. Avec un peu, beaucoup, de démagogie et de petits mensonges, le populiste se fait comprendre aisément du "peuple", il lui offre des repères et des "vérités" simple. Avec une vie politique plus régulée par les médias que par la vie des idées, le populiste ratisse large. Avec l'accélération de l'environnement médiatique, à coups de scoops et de gros titres, où l'analyse prédigérée (quand elle existe) nous noie dans la simplicité, l'homme politique populiste ressort vainqueur.Le populisme tire t il le peuple vers le bas, ou profite t il du peu de goût d'une bonne part du peuple à réfléchir et se remetre en question ? La réflexion n'est pas solvable dans l'opinion publique, et il est plus rentable électoralement de faire rêver l'électeur que d'essayer de lui présenter une problématique complexe avec honnêteté.Eduquer les électeurs est-il dangereux ? Pas tant que cela, 80 % d'une classe d'age au bac n'empèche pas la médiocrité rampante et le manque d'appétance pour la vérité complexe... Mais c'est bien le sens de l'engagement politique et en miroir, de l'engagement numérique de votre blog : proposer de la réflexion au plus grand nombre, rassembler de la matière humaine pour avancer ensemble sur les chemins de la vérité.
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