Un régime à bout de souffle
La France semble irréformable pour l’instant. Lourdeurs administratives, volatilité de l’opinion, affaiblissement du pouvoir politique : le pouvoir étant passé du côté de la finance internationale et anonyme. Sans compter avec l’émergence d’une nouvelle collusion : médias, justice, opinion. La question de la justice est passée sous l’éclairage factice du scoop, du scandale et du matraquage idéologique.

L'affaire Clearstream qui agite monde politique actuellement en est un bon exemple. Une affaire ouverte par la justice parisienne pour dénonciations calomnieuses. Des personnalités politiques, dont Nicolas Sarkozy, ont été accusées par un corbeau d'avoir - via la société bancaire Clearstream - des comptes secrets à l'étranger. Ces accusations se sont révélées fausses, mais depuis, la justice cherche à savoir qui est ce corbeau. Ce qui a entraîné des perquisitions à la DGSE, chez EADS et au ministère de la Défense. L’opinion oscille de manière pendulaire entre, d’une part, la déclamation des grands principes (comme celui de l’égalité ou de la transparence) et les multiples occasions que les gazettes nous fournissent de nous indigner (d’Outreau et compagnie…). Une succession de grand moments d’ébriété ; la roue médiatique tourne : les incendiaires révoltés de novembre, puis la grippe aviaire, puis le CPE, puis Clearstream, etc.
La crise institutionnelle et politique dans laquelle est plongée la France est très profonde : entre querelles de prestige et manipulations et nous n’en sortirons peut-être pas sans le recours à un homme providentiel ou à un subterfuge.
Ce fut le cas en 1958 : les français ayant porté au pouvoir le général De Gaule pour maintenir l’Algérie française, et lui, ayant déterminé très tôt quelle devait être l’issue de cette affaire dans la décolonisation. On ne peut rien faire sans le consentement de l’opinion française, mais elle a peur de tout changement, il faut donc la tromper ou la violer.
Cette situation me rappelle une pratique campagnarde très ancienne : on mettait jadis un œuf en plâtre dans le nid des poules pour les inciter à couver. Ces braves gallinacés n’y voient que du feu… il leur suffit d’un simulacre pour stimuler la nidification. Il en va de même pour l’opinion populaire et les idéologies ambiantes, il leur faut un objet autour duquel monter la garde, c’est à dire un leurre pour se mettre au travail. De ce point de vue la prochaine élection présidentielle sera absolument déterminante et nous verrons si la France, qui est certainement le pays le plus divisé d’Europe, pourra sortir de la nasse où elle est engagée pour refonder son Contrat social.