La laïcité est-elle possible ?
Il est souvent convenu dans nos démocraties modernes que les valeurs terrestres doivent être autonomes d’un quelconque rapport à Dieu. En France, par exemple, la neutralité de l’Etat et celle de l’école assurent cette liberté de conscience. C’est sur cette base que la laïcité (mot inventé en France en 1871 seulement) s’est imposée.
Pourtant, la référence à Dieu ou au christianisme figure dans toutes les Constitutions des 25 états membres de l’Union européenne, y compris dans la Constitution française de 1958. Peu le savent, mais en incluant dans son préambule la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789, elle se place de fait « sous les auspices de l’Etre suprême » (sic).
La dimension religieuse appartient à l’espace public de tous les pays démocratiques. En somme, entre le croyant et le citoyen il peut y avoir distinction mais pas séparation.
Comment croire d’un côté et voter de l’autre ? La vie spirituelle pousse forcément à l’engagement temporel : de Martin Luther King à Lech Walesa et de Soljenitsyne au Dalaï Lama les exemples ne manquent pas.
La politique n’est pas la simple mise en œuvre d’une philosophie abstraite et impersonnelle. Elle implique une personne dans tout ce qui fait la richesse et la complexité de son être.
La démocratie ne peut donc être que le droit de chacun à exposer publiquement sa conception du monde. Or, la conception chrétienne de l’Homme et de la société est une composante historique fondamentale des nations européennes, antérieure même à l’idée d’Etat.
En faisant de Dieu le grand absent d’une culture vivante et d’un débat social fécond, l’Etat prend le risque de promouvoir une forme plus ou moins affichée d’athéisme officiel.
Aujourd’hui le pluralisme politique de nos sociétés multiculturelles passe donc par une plus grande liberté d’expression des multiples religions qui composent la France. Evidemment, le même droit d’expression doit aussi être scrupuleusement garanti aux non-croyants.
En somme, un état moderne ne doit plus, comme au temps de l’Ancien Régime, chercher à servir une vérité religieuse, quelle qu’elle soit, mais plutôt garantir à chacun la possibilité d’exprimer sa sensibilité.
Le danger, en écartant l’enseignement des religions de l’école, est de placer la laïcité comme seule autorité morale et spirituelle pour notre jeunesse. Or nous savons qu’il y a toujours un risque lorsque le politique cherche à imposer sans garde-fous ses valeurs.
Nous avons heureusement dépassé le conflit qui a longtemps opposé croyants et athées dans notre pays. Rares sont ceux qui aujourd’hui voient dans les religions de simples superstitions et qui à la manière des anciens positivistes croient que la science finira par tout expliquer et que la technique apportera le paradis sur terre !
Aussi, essayons de nous ouvrir les uns aux autres afin de partager ce que nous avons de meilleur, sans préjugés et sans peur.