Vers le plein-emploi

Publié le par Michel Leonarduzzi

Le chômage touche actuellement près d’une personne active sur 10.

 

                    Jean-Louis Borloo et Dominique De Villepin

                       visitant une Agence Locale pour l'Emploi


Il touche même davantage le personnel d’exécution non ou peu qualifié (employés et OS : environ 1 sur 4), les personnes non ou peu diplômées (une sur 4), les jeunes de – de 25 ans (plus d’1 sur 5) et les travailleurs de nationalité étrangère, dont le taux de chômage est le double de celui des nationaux. Les femmes sont davantage touchées que les hommes.

On sait la catastrophe sociale que cachent ces données brutes. La prise en compte nécessaire des réalités et des contraintes est loin d'enlever toute marge de manœuvre à une volonté politique. Une politique active d'augmentation de l'emploi (et donc de réduction du chômage) doit combiner trois axes d’actions.

Il y a environ 2 millions d'emplois créés en France chaque année et à peu près autant qui disparaissent. Plutôt que vouloir à toute force retenir le passé (en interdisant les licenciements ou les délocalisations), il s'agit de construire les emplois de demain en encourageant à tous les niveaux (local, régional, national, européen) la recherche, l'innovation et le développement de l'offre des entreprises. Le débat entre économistes sur le besoin de développer l'offre ou la demande est en pratique assez vain : il faut agir sur les deux plans.


Il faut renforcer l'offre des entreprises.


La compétitivité des entreprises de pays aux hauts revenus ne peut reposer que sur l'innovation, la qualité, la productivité. Cela suppose de favoriser au maximum les synergies entre la recherche, la formation et les entreprises. A l'exemple de ce qui se fait dans d'autres pays (Italie ou Espagne par exemple) il s'agit entre autres de développer le fonctionnement en réseaux des points forts régionaux (ce que la DATAR appelle les Systèmes de Production Localisés).

Aujourd'hui, de nouveaux domaines d'actions sont possibles : par exemple dans l'utilisation de l'énergie (moteur propre, biocarburants, énergies renouvelables…), la santé (luttes contre les maladies, prévention, prothèses…), l'environnement (recyclage, retraitement des déchets…). Ces actions sont indispensables pour maintenir et même élever les valeurs de production du pays et donc le niveau de vie de ses habitants.

La relation entre l’État et les entreprises doit être simplifiée et améliorée, en particulier pour stabiliser les règles de fonctionnement et raccourcir énergiquement les délais de décision et d’action (et donc les circuits) mais aussi pour redonner sa place à la négociation entre partenaires sociaux (l'intervention permanente de l’État dans ce domaine, si elle est louable afin de garantir des minima sociaux aux travailleurs, a pour principal effet pervers d'affaiblir le syndicalisme : le taux de syndicalisation de la France est le plus bas d’Europe).


Il faut soutenir la demande en période de récession.


En période d'expansion, la création d'un excédent budgétaire retarde l'apparition de bulles spéculatives et favorise le prolongement du cycle positif et donc la création d'emplois. En période de récession au contraire, les déficitspublics favorisent la reprise. C'est ce constat de type keynésien qui inspire avec succès la politique menée aux États-Unis. La zone euro et en particulier la France font tout le contraire puisqu'elles font des économies en période de récession et augmentent les dépenses en période de croissance, au détriment de cette dernière sur le long terme.

Pour se donner les marges de manœuvre nécessaires, il sera impératif de réformer le fonctionnement de l’État pour améliorer la productivité des services publics et créer un excédent budgétaire tout en dégageant des marges pour la recherche et la formation. Il s'agit de mettre en œuvre un fonctionnement moderne, caractérisé par le développement de la transversalité et la déconcentration massive des pouvoirs. Il s'agit en particulier de régionaliser la plus grande partie des services (à l'instar de nos voisins européens).

Une remise en cause des statuts, facteurs de cloisonnement et d'immobilisme sera aussi nécessaire.
Une telle politique budgétaire permettra à la France de rejoindre d'autres pays européens mieux gérés et contribuera à maintenir des taux d'intérêt à long terme bas, donc de donner une plus grande préférence à l'avenir.
La France et l'Europe doivent aussi contribuer à renforcer lesinstances de régulations existantes dans le monde (voire en créer de nouvelles si nécessaire) : dans un monde où la fluctuation des valeurs devient de plus en plus forte, de telles instances sont indispensables pour prévenir ou gérer les crises économiques, dont on sait qu'elles ont toujours d'abord atteint les plus faibles.
Elles doivent aussi créer des partenariats avec leurs voisins de l'Est et du Sud pour les aider à se développer. Outre que c'est le seul moyen à long terme pour atténuer la pression sur le flux migratoire, cela aura également des impacts positifs sur notre propre économie demain. C'est ainsi qu'on commence à observer que le développement considérable de la Chine a un effet d'entraînement sur les économies japonaises et coréennes.


Le taux de chômage dépend fortement des niveaux de qualification.


Les non qualifiés sont très largement surreprésentés parmi les chômeurs. En 2000/2001, des difficultés de recrutement sont apparues dans de nombreuses professions alors qu'il y avait encore plus de 2 millions de chômeurs. Cette situation a créé des blocages ou des augmentations importantes de salaires (plus 40 % en quatre ans pour certains cadres débutants par exemple) qui ont contribué à arrêter le cycle de croissance.
Les politiques de réduction des charges sur les bas salaires menées dans les années 90 ont permis de retourner la tendance séculaire à la réduction des emplois non qualifiés. Ces politiques doivent donc être maintenues et complétées pour baisser le niveau de chômage où apparaissent les difficultés de recrutement.

Il faut faire progresser les qualifications et les adapter à des besoins en évolution.
          D'abord à travers la formation initiale. Beaucoup trop de jeunes sortent encore du système scolaire sans aucun diplôme ou avec le seul BEPC (environ 150 000 par an). Il faudrait diviser ce nombre par deux.
          L'action doit porter également sur la formation permanente dans une société où le contenu du travail évolue sous l'effet de l'innovation.          

La mobilité professionnelle doit être facilitée et encouragée. Elle doit permettre à ceux qui ont accepté une déclassification pour trouver du travail, de retrouver le niveau que leur autorisent leurs compétences et dégager des places pour les moins qualifiés. Les incertitudes économiques sont telles qu'une entreprise ne peut garantir la pérennité de ses emplois. Elle a par contre le devoir de maintenir l'employabilité de ses salariés.
           Un rétablissement des hiérarchies salariales à proximité du SMIC est indispensable pour encourager la progression professionnelle. Les entreprises devront aussi revaloriser les conditions de travail et de rémunération des nombreuses professions qui n'arrivent pas à attirer de salariés parce que leur image s'est dégradée (bâtiment, hôtellerie-restauration, agriculture,…).


Quelques pistes pour réduire le chômage :

 
Favoriser l'initiative et l'innovation…

La croissance et le développement de l'activité sont le fruit d'une multitude d'initiatives pour créer des entreprises ou développer celles existantes, pour créer de nouveaux produits et les diffuser et pour améliorer l'efficacité économique et la compétitivité de l'activité menée sur le sol français. Plus il y a d'initiatives, plus elles sont efficaces et plus l’activité croit.


…ainsi que la recherche

Alors que des pays comme les USA ou le Canada augmentent depuis 10 ans la part de leur PIB qu'ils consacrent à la recherche, la plupart des pays Européens et la France en particulier n'arrivent pas à suivre cet exemple. Cela se traduit d'abord dans le nombre de brevets déposés, puis dans la course à la mise sur le marché de nouveaux produits innovants.


Créer des partenariats avec les pays voisins de l'Europe

La délocalisation de certaines productions, très sensibles aux coûts salariaux et ne demandant qu'une qualification limitée, est inéluctable. En aidant au développement de la production du Maghreb ou de l'Ukraine, l'Europe constituerait à proximité de nouveaux marchés pour ses propres produits, tout en contribuant à assurer la stabilité sociale et politique de ses voisins.


Utiliser l’outil budgétaire

Enjeu : Depuis une vingtaine d'années, les cycles économiques sont de plus en plus marqués, avec des périodes de forte expansion (88/91, 97/2001 par exemple) pendant lesquelles le chômage recule, et des périodes de récession (92/94 par exemple,) où il augmente. En période de récession apparaît du chômage conjoncturel lié une demande trop faible. La création de 1,5 millions d'emplois lors de la dernière période de croissance montre a contrario le montant important de la part du chômage conjoncturel de la période précédente.

Observation: Les accords de Maastricht (Pacte de stabilité) limitent les déficits publics annuels à 3 % du PIB et la dette à 60 %. La France est déjà en dehors de ces limites : 3.6 % de déficit public rapporté au PIB et 66 % de dette publique.

Elle doit donc faire des économies en période de récession ou de faible croissance, alors qu'il faudrait relancer la demande. Avec une croissance égale ou supérieure à 2 % par an, un déficit de 1,2 % du PIB maintient la dette à son niveau actuel, un déficit moindre le diminue, un déficit supérieur l'accroît. Avec un déficit de 2 % en période de croissance, la France n'a aucune marge de manœuvre en période de récession ou de faible croissance : elle se trouve très vite au-delà du maximum de 3 %. En atteignant un excédent de 1 %(ou plus) en période de croissance, la France se donnerait les moyens d'une relance vigoureuse pour combattre les récessions.

Proposition : Pour obtenir un déficit moyen sur longue période inférieur à 1/1,5 %, il faudrait avoir un budget équilibré voire excédentaire en période de croissance, de manière à pouvoir laisser filer le déficit quand cela est nécessaire. Le résultat aurait pu être obtenu en 2000/2001 si les efforts nécessaires (par exemple la réforme du ministère des finances) avaient été faits et si les politiques n'avaient pas dit et agit comme si il y avait une " cagnotte ". Alors que le déficit baissait de près de 1 point par an en 98 et 99, le progrès s'est nettement ralenti en l'an 2000 et a été nul en 2001.
A contrario en période de croissance faire des réformes structurelles limite l'emballement toujours possible de l'économie.
 
L'effort de productivité des services publics doit être maintenu sur le long terme pour permettre de financer des besoins croissants, en particulier dans le domaine de la santé.


Améliorer la formation initiale…

A la sortie du système éducatif, le niveau de formation obtenu a un impact majeur sur le taux de chômage. Ainsi, voici le taux de chômage pour les jeunes sortis depuis un à quatre ans du système éducatif :
-- 10 % pour les titulaires d'un diplôme de l'enseignement supérieur (niveau I, II et III de l'éducation nationale)
-- 15 % pour les titulaires d'un baccalauréat (niveau IV)
-- 24 % pour les titulaires d'un CAP de BP (niveau V)
-- 45 % pour ceux n'ayant aucun diplôme (niveau VI ou V bis)

A diplôme équivalent, le taux est plus faible pour ceux qui ont choisi les filières scientifiques ou industrielles. La notion de personnes peu qualifiées couvre suivant le cas les seuls niveaux VI ou V, soit environ 60 000 jeunes par an, ou une catégorie plus large de jeunes n'ayant pas de formation professionnelle, estimée à 160 000 chaque année par l'éducation nationale.

Les moyens importants mis dans l'éducation (6,2 % du PIB français contre 4,6 % au Japon, 4,7 % en Italie, 5,5 % en Allemagne et dans l'OCDE, 7.2 % aux USA : ces chiffres reflètent surtout les différences de natalité) ont permis une forte augmentation du nombre de bacheliers (passé de 30 % d'une génération 1985 à plus de 60 % à partir de 1994) et d'étudiants (+ 25 % en 10 ans).

Un certain nombre de jeunes traversent le système éducatif en étant de fait progressivement exclus. Des solutions ont été mises en place pour les moins aptes (structures d’accueil aménagées). Ceux qui se caractérisent surtout par des comportements difficiles et ne bénéficient pas d'un soutien familial fort deviennent de fait des freins, des contraintes difficiles à gérer pour les enseignants. Ils passent d'une classe à l'autre sans s'intégrer au système. Leur rejet de toute forme scolaire les rend difficiles à accompagner dans la formation permanente. Leur comportement social peu respectueux des règles du monde du travail ne leur facilite pas l'accès à l'emploi. Des solutions spécifiques sont à inventer ou à développer pour eux. Elles doivent probablement marier éducation et enseignement et être très diverses. Elles doivent être mises en place dès le plus jeune âge : dans ce domaine, repousser le problème ne fait généralement que l'empirer. Des aides psychologiques et du soutien scolaire bien menés à 8 ans peuvent éviter de fortes difficultés à 15 !


…et la formation permanente

La formation permanente bénéficie peu aux moins qualifiés et aux plus âgés (elles est divisée par deux après cinquante ans) alors que les métiers évoluent de plus en plus vite et que ce sont deux catégories particulièrement touchées par le chômage (et sa durée) et par le sous-emploi.

L’allongement de la durée des cotisations de retraite va obliger un grand nombre de salariés à poursuivre leur activité professionnelle après 60 ans. Or, aujourd’hui le taux d’emploi des plus de 50 ans est l’un des plus faibles des pays industrialisés. Il faudrait donc cibler la formation permanente en direction des actifs les – qualifiés et en direction des quinquagénaires, alors qu’elle profite surtout actuellement aux cadres des grandes entreprises.


Améliorer le fonctionnement du marché du travail

La France se caractérise, par rapport aux autres pays développés, par une très faible liquidité du marché du travail : chaque mois, peu de salariés perdent leur emploi et peu de chômeurs en retrouvent un. Cela ne se traduit pas par un taux de chômage plus faible mais par une durée élevée du chômage. Cette situation affecte également les jeunes, qui peinent à trouver un emploi durable, et les plus de cinquante ans, dont le taux d'activité est faible par rapport aux autres pays de l’OCDE.

Pour éviter le chômage, des jeunes acceptent des emplois pour lesquels ils sont surqualifiés. Ce phénomène a tendance à augmenter depuis dix ans. Revenir sur ce type de déclassement en période de croissance est un moyen de redonner des chances de recrutement aux moins qualifiés. Cela demande d'augmenter la mobilité professionnelle (interne ou externe à l'entreprise).

Le licenciement pour cause économique est complexe et très long. La procédure est peu sûre juridiquement ce qui amène de plus en plus d'entreprises à contourner le système (par des transactions par exemple). Cette situation n'est en rien favorable aux salariés et crée une image internationale très négative. La procédure devrait donc être revue.
Le licenciement coûte également cher aux entreprises (de manière très variable suivant les conventions collectives et la taille de l'entreprise). Une des responsabilités des partenaires sociaux est qu'une partie de ce coût soit affectée aux mesures actives d'aide au reclassement et à la formation (toutes les études ont montré que ce type d'aide est efficace). Ce problème se pose en particulier dans les PME.

 
 
 
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Publié dans Economie

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B
Votre texte est clair et précis ; c'est toujours intéressant de regarder ce qui est fait dans d'autres pays. <br /> Cependant, je voudrais souligner que tous ces contrats aidés qu'on nous propose ne sont pas toujours bien utilisés ; il y a de plus en plus d'offres d'emploi destinées à des personnes éligibles à des CAE, CES ou CEC, cela au détriment d'une véritable qualification. Il y a aussi des personnes qui enchaînent des contrats aidés sans solution à long terme. Il faut mieux encadrer ces contrats et proposer de vrais emplois à la clef !
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