Une génération sacrifiée ?
Michel Pébereau remet son rapport à Thierry Breton
A lire le rapport Pébereau sur le surendettement de l’Etat, remis il y a quelques jours à Thierry Breton on peut le craindre.
La réalité est là : l’Etat français a accumulé 1 117 milliards d’euros de dette. Un tel chiffre ne représente rien de concret pour la plupart d’entre nous. Si on le rapporte à la richesse du pays on note tout de même que l’endettement de la France représentait 25 % du PIB en 1980, alors qu’il s’élève à 66 % aujourd’hui. En termes encore plus clairs cela signifie que chaque enfant français est à sa naissance déjà endetté de 19 000 €. Les observateurs les plus lucides ajoutent même à ce chiffre les engagements de l’Etat concernant le paiement des retraites des fonctionnaires qui alourdissent la facture de 400 milliards d’euros.
Ce constat est le résultat d’un manque de courage politique qui révèle les disfonctionnements de notre démocratie.
Depuis la Seconde Guerre mondiale notre tendance à nous tourner vers un Etat-providence tout-puissant n’a cessé de s’affirmer. Nous avons pris l’habitude de solliciter l’Etat pour tout. L’Etat a répondu à nos sollicitations en étendant considérablement le champ de ses interventions. Aujourd’hui l’Etat intervient dans quasiment tous les domaines.
Durant les Trente Glorieuses cette intervention étatique est compensée par de fortes recettes fiscales liées à une forte croissance économique. Depuis la crise économique des années 1970-1980 l’Etat est de plus en plus sollicité, les dépenses augmentent plus vite que les recettes fiscales ; la croissance étant devenue très faible, le déficit apparaît.
Les disciples de l’économiste Keynes ont soutenu qu’en période de récession économique il revient à l’Etat de relancer la consommation par des dépenses plus importantes. Dans un premier temps, même si un déficit se crée aucune inquiétude n’est à avoir : le déficit finit par disparaître de lui-même quand la croissance revient, les recettes fiscales augmentant mécaniquement avec l’augmentation de la richesse du pays.
Cette analyse, en partie vraie, permet une relance de l’économie. En revanche, sans baisse à terme des dépenses, elle peine à résorber le déficit public malgré la croissance. Or, si l’Etat garde un niveau de dépenses élevé même en période de croissance, quelle marge de manœuvre aura-t-il pour relancer l’économie si la récession revient ?
Nous avons connu cette situation de 1997 à 2000 : la croissance était là et pourtant le gouvernement de Lionel Jospin ne fit pas de baisse significative dans les dépenses de l’Etat. Au lieu de cela le gouvernement programma de nouvelles dépenses, laissant s’échapper l’occasion de réduire la dette : 35 heures, départs en retraite anticipés, recrutements massifs de fonctionnaires … Soit une note d’environ 400 milliards d’euros selon Bercy.
Aujourd’hui, la note est lourde pour les actifs dont l’impôt sur le revenu sert déjà au seul remboursement des intérêts de la dette.
Il ne s’agit pas d’accabler le gouvernement d’alors, car la dette s’aggrave depuis 25 ans, tous gouvernements confondus. C’est plutôt l’irresponsabilité d’une classe politique qu’il convient de dénoncer.
Les solutions de facilités à court terme ont systématiquement été privilégiées par des élus qui restent focalisés sur leur réélection. Dans une sorte de clientélisme électoral, nos dirigeants se sont régulièrement engagés dans des dépenses que la Nation ne pouvait assumer.
Aussi, seule une véritable modernisation de notre vie politique peut inverser cette tendance. Cette modernisation passe par une limitation à un seul mandat par élu, ce qui, rappelons-le, est la norme dans la plupart des grandes démocraties du monde. L’impossibilité du cumul des mandats reste le meilleur gage de voir des personnalités de la société civile accéder à des responsabilités et oser prendre le risque politique d’engager de véritables réformes même impopulaires.
La France pourrait s’inspirer de son voisin suédois qui a réussi à sortir du surendettement par des mesures drastiques : une loi impose au gouvernement de présenter un budget équilibré dans lequel toute nouvelle dépense doit être compensée par de nouvelles recettes. Notons au passage que le gouvernement de M. Asbrink a réduit le nombre de fonctionnaires de moitié. Pourtant M. Asbrink n’est pas un ultra-libéral mais un socialiste pragmatique pour qui un Etat efficace est un Etat en bonne santé financière. Ces réformes n’ont pas remis en cause le modèle suédois qui reste l’un des plus égalitaire du monde. Le rapport Pébereau va dans ce sens et conclut que la France n’évitera pas une cure d’austérité similaire.
Il est urgent de reconsidérer notre attitude vis-à-vis de l’Etat.