CPE : les jeunes sont pragmatiques

Publié le par Daniel Spagnou

Le CPE est devenu comme il y a un an, avec le NON au Traité Constitutionnel Européen, le plus petit dénominateur commun de toutes les oppositions, et de toutes les peurs, face à la réforme.

 

Daniel Spagnou

Député des Alpes de Haute-Provence

Maire de Sisteron


Il est toujours possible de remettre en cause la forme avec laquelle ce CPE se met en place, comme il serait de bon ton de relativiser la portée de ce contrat qui ne fera ni des miracles, ni, comme certains le disent, une catastrophe libérale dont les victimes seraient les jeunes.
La problématique de fond que soulève le CPE me paraît bien plus intéressante car elle met en exergue l’incapacité de notre pays à se réformer en dehors d’un contexte de crise.


Y-a-t-il une fatalité à cela ? Est-il inscrit dans la pierre que les jeunes français n’ont d’autre ambition que de décrocher un emploi fixe et à vie, où la sécurité de l’emploi serait assurée par l’Etat bienfaiteur ?


Il s’avère qu’aujourd’hui, ce que veulent les jeunes, c’est avant tout un emploi rémunérateur, qui leur donne accès à l’indépendance, à un logement et au crédit.
Aujourd’hui, force est de constater que seule la situation des fonctionnaires fait rêver les jeunes français, car tous les ressorts du marché du travail sont cassés, et notamment, l’initiative et le mérite.

Je dis qu’il n’y a pas de fatalité à cette situation, car je suis persuadé, et il suffit pour s’en convaincre de voir les 250 000 jeunes français qui traversent chaque année la Manche pour aller travailler en Angleterre, que l’instabilité de l’emploi n’est pas forcément une source de précarité sociale, bien au contraire.


Vaut-il mieux une situation où, pour un emploi on trouve 10 demandeurs d’emplois, comme en France, ou alors, une situation où chaque demandeur d’emploi a la possibilité de choisir entre 10 offres d’emplois ?


Confondre instabilité de l’emploi et précarité de l’emploi est un non-sens, car dans une situation de plein emploi, comme en Angleterre, c’est le demandeur d’emploi qui dicte ses conditions et non l’employeur. L’employeur, quant à lui, impose des résultats et c’est à partir de ce moment là que les valeurs comme l’initiative, le travail et le mérite prennent tout leur sens.


Faut-il aussi conserver une situation où le monde du travail pour un jeune est considéré comme un carcan dans lequel il ne pourra pas évoluer, ou plutôt lui donner l’envie, dès son entrée dans le monde du travail d’évoluer, de progresser, lorsque le système pousse à toujours aller de l’avant et faire mieux, puisque celui-ci est rémunérateur ?


Je crois que les jeunes sont très pragmatiques, et qu’ils attendent de nous, non pas, une recette miracle, mais tout simplement qu’on leur donne les outils et les moyens de se construire leur vie.


Qu’importe la nature du voyage professionnel qu’on leur proposera, celui de l’aventure ou celui organisé, encadré, sécurisé ; ce qui compte c’est ce qu’ils pourront en retirer. Pour cela, il faut leur redonner confiance en leur valeur, en remettant en route la machine économique et l’emploi, car c’est en devenant incontournable sur le marché du travail, que les jeunes sauront défendre au mieux, leurs atouts. Cela s’est fait dans d’autres pays, pourquoi pas chez nous ?



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Publié dans Tribune libre

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R
Fondamentalement je rejoins les propos de M. Spagnou, qui relèvent selon moi du bon sens.Comme lui je crois que l'emploi, en particulier celui des jeunes, nécessite une réforme structurelle profonde.Ce qui m'amène à constater que le plus grand tort du gouvernement dans l'affaire du CPE - par ailleurs catalyseur de nombreux ressentiments - est la légèreté.Légèreté dans la forme : pas ou peu de concertation sociale, procédure d'urgence qui cout-circuite le parlement, discours autoritaire et décalé avec le phénomène.Légèreté sur le fond surtout : l'urgence a nui à une approche plus complète du problème, plus profonde.Ceci-dit, il faut - comme M. Spagnou - s'interroger sur les vieux démons français : comment réformer ce qui doit l'être sans crise ?Un gouvernement - et donc l'assemblée nationale - se doit d'être courageux. Il est en place pour une durée limitée et devrait pouvoir engager les réformes structurelles à ses yeux indispensables. C'est pour cela qu'il est en place et non pas pour flatter l'électorat. Et durant une législature complète : je suis choqué d'entendre les députés de la majorité demander aujourd'hui de reporter la privatisation de GDF afin de ne pas compromettre les résultats des élections 2007 !Ce forum quant à lui apportera je le crois une pierre au changement que doit opérer la classe politque française.Jean-Christophe ROTH.  
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