Mon engagement politique
Alain DurandLes marchandises ont un prix, mais l’humanité a une valeur.
C’est pourquoi je vais toujours à la rencontre de mes semblables avec un esprit dégagé de tout préjugé et de toute appréhension.
Et pourtant, les réalités économiques, sociales et politiques sont dures et implacables. La volonté de puissance détermine les choix et les actions des individus, des collectivités et des Etats. C’est la loi de la vie : tout ce qui vit s’efforce de prospérer et d’accroître sa puissance, fut-ce au détriment de tous.
Nul angélisme donc. Les luttes politiques sont peut-être les plus féroces parce que tout dépend d’elles : des raffinements les plus exquis de la culture, à la maîtrise des ressources énergétiques, et jusqu’à la gestion de nos déchets et des ordures ménagères. La politique est cet art, comme le disait Aristote, « au plus haut point organisateur ». C’est l’art de donner une forme aux affaires de la cité. On comprend mieux pourquoi la politique excite les passions et les convoitises.
Les « cités » et les Etats n’ont pas une vie insulaire et autarcique. La guerre et le combat armé ne sont que des cas particuliers de la vie politique ; ce que nous feignons d’oublier, nous Européens, parce que nous sommes les enfants de la paix et d’une relative prospérité.
Pour ce qui est de mes convictions : un observateur un peu superficiel pourrait me situer au centre droit dans le paysage politico-médiatique actuel. Mais, dans toutes les situations, je réserve ma liberté de jugement. Le prêt-à-porter idéologique ne me convient pas. D’ailleurs, l’une des définitions classiques de l’idéologie consiste à dire qu’elle ne réfléchit pas. Un idéologue ou un militant peu averti n’a pas d’autre souci que de s’auto justifier ; l’idéologie est une sorte de pensée en boucle, on n’y retrouve que ce qu’on y a mis, rien d’autre. Partant de là, quand on a à faire à une pensée militante, on observe que tout est permis, même la mauvaise foi et la malhonnêteté intellectuelle. La vie est trop complexe pour rentrer dans le cercueil d’une idéologie, quelle qu’elle soit.
J’aime les gens qui parlent vrai et qui ont le courage de s’exposer aux arguments de leurs interlocuteurs. Consentir, en toute lucidité, à se fragiliser sur ses propres positions, pour faire bon accueil au point de vue de l’autre, est une aventure périlleuse qui exige beaucoup de lucidité et de force d’âme. Tout le monde ne prend pas ce risque : il est plus facile de manipuler les faibles (après les avoir sondés par exemple), de revêtir le masque de l’hypocrisie avec les puissants et de se mentir à soi-même le reste du temps.
Le respect inconditionnel des autres, l’écoute et un sens aigu du réel ; voilà à quoi se résume l’attitude morale et politique la plus élégante à mes yeux. Elle se situe à mi chemin entre une exigence éthique résolument tournée vers notre prochain et une conscience plutôt tragique de l’histoire.
De temps à autre on aperçoit des personnalités qui, profondément ancrées dans le réel, ont aussi un regard visionnaire sur l’avenir et sont capables de poser des actes audacieux et prophétiques ; c’est un spectacle rare et exceptionnel. La plupart du temps, hélas, gérer et digérer, voilà toute la préoccupation de nos dirigeants, qu’ils appartiennent à la sphère administrative ou à celle des gouvernants élus.
Ce dernier constat est un peu sévère, peut-être, mais je suis convaincu que nous allons assister (passivement si nous n’y prenons garde) à un retour de l’histoire dans la poussière événementielle du quotidien. L’actuelle politique-spectacle n’est qu’une manière de distraire les foules et de détourner leur attention des véritables enjeux économiques, sociaux et politiques. C’est un tranquillisant, un anesthésique du jugement. Cette comédie peut se perpétuer tant qu’aucun problème majeur ne survient, du dedans comme du dehors. Or, quand on observe objectivement la place de la France dans le monde et l’extrême fragilisation de son tissu social et économique, on peut penser que chaque jour passé à l’abri d’une crise profonde de la société est un véritable miracle. Les taux de chômage ou de croissance économique, respectivement très haut et très bas, ne sont que de pâles indicateurs du mal français qui est aussi le mal d’une vieille société démocratique et d’abondance.
Je dénonce le jeu subtil et pervers de cache-cache et de déresponsabilisation collective qui culmine dans le show des « Guignols de l’info ». Je dis un jeu subtil et pervers car chacun se fait alors le complice de la dérision collective. Rire de tout et de tous : en fait, un cynisme très français. On retire toujours un sentiment factice de supériorité à ricaner de tout ; c’est une posture un peu snob et vaguement voltairienne. On oublie alors la grisaille du quotidien, on oublie que la société française toute entière se délite. Finalement, celui qui méprise le bien public est méprisé par ceux qui, théoriquement, l’incarnent et le manifestent.
Le sens du bien commun, voilà l’urgence d’aujourd’hui !
On ne pourra pas s’abriter toujours derrière les techno-structures, la fatalité économique ou les « funestes » décisions de Bruxelles. Nous devons prendre la chose publique à bras le corps, la politique doit être faite par des hommes et pour eux. « Que celui qui a un bon conseil à donner à l’Etat s’avance et parle ! » disait un vieux poète grec. C’est à chacun d’entre nous d’en faire autant ; et même si nous ne sommes pas dans une démocratie directe, comme jadis à Athènes, nous pouvons entendre la vigueur d’un telle invitation. Echanger des paroles raisonnables et mettre en commun de actions constructives avec nos semblables, voilà toute l’affaire de la vie politique.